vendredi 9 juin 2017

La vie devant soi de Emile Ajar

Titre : La vie devant soi

Auteur : Emile Ajar (Romain Gary)


Editions : Folio


Prix : 6.50€


Genres : Historique, Contemporain, Amitiés 


Synopsis : Madame Rosa, une vieille juive qui a connu Auschwitz et qui, autrefois, se défendait (selon le terme utilisé par Momo pour signifier prostitution) rue Blondel à Paris, a ouvert « une pension sans famille pour les gosses qui sont nés de travers », autrement dit une pension clandestine où les dames qui se défendent laissent leurs rejetons pendant quelques mois pour les protéger (de l'Assistance publique ou des représailles des proxénètes). Momo, jeune musulman d'une dizaine d’années, raconte sa vie chez madame Rosa et son amour pour la seule « mère » qui lui reste, cette ancienne prostituée, devenue grosse et laide et qu'il aime de tout son cœur. Le jeune homme accompagnera la vieille femme jusqu'à la fin de sa vie.


Mon avis :


Je ne me serais jamais tourné de moi-même vers ce roman, qui est complètement hors de mon genre habituel, donc je remercie le prof de l'être pour cette recommandation. La Vie devant Soi a reçu le prix Goncourt en 75, détail qui aurait dans d'autres circonstances réussit à me faire fuir. Quand un livre est édicté « Prix littéraire », on s'attend à quelque chose de dense et complexe à lire, et même si ce n'est pas tout à fait faux ici, dans le sens où la plume de Romain Gary (ou Emile Ajar) est surprenante mais garde une certaine accessibilité.

Momo est garçon d'une dizaine d'années, recueilli dès sa plus tendre enfance par une vielle femme du nom de Mme Rosa, dont l'appartement du sixième étage fait office de pension pour les enfants dont les mères, bien souvent prostituées, ne peuvent s'occuper. C'est donc par la voix de ce petit garçon que nous découvrons la vie de Mme Rosa et des gens qui entourent Momo.

Ce roman possède une atmosphère immersive et particulière. On est véritablement plongé dans le Paris des années 70, dans ce quartier, dans la vie de ce petit garçon, qui est difficile et en même temps belle à découvrir.

Le style, lui aussi est très surprenant. On se détache complètement des codes littéraires pour retranscrire au plus proche les pensées d'un petit garçon, ses pensées ponctuées de fautes d'orthographe et établies avec une sorte d'oralité descriptive. Le point de vue de Momo est très intéressant à suivre, d'autant plus qu'il est empli d'une certaine naïveté, tout en sachant qu'avec la vie qu'il a, en résulte une certaine maturité contrastant très largement.

Ce qui m'a marquée dans ce roman, en plus des points déjà cités, ce sont ces personnages tellement charismatiques et forts qu'ils vous restent en tête. En soi, une vieille dame juive et un petit garçon musulman n'ont pas grand-chose en commun (et pas beaucoup plus pour attirer mon attention), mais ils ont cette relation quasi fusionnelle dans le sens où chacun n'a que l'autre dans la vie, alors autant s'entraider. Aucun d'eux n'a été épargné par la vie : Mme Rosa a été déportée à Auschwitz, subit de plein fouet la vieillesse ; Momo a été abandonné par ses parents, a dû grandir dans un environnement tout sauf sain et tout apprendre par lui-même. De chacun d'entre eux se dégage une force particulière.

Au final, c'est un roman que je vous conseille parce qu'il m'a beaucoup émue mais qui je pense ne plaira pas à tout le monde par son genre et son style très particulier.



Ma note :


10/10

Mes extraits :


« Moi ce qui m'a toujours paru bizarre, c'est que les larmes ont été prévues au programme. Ça veut dire qu'on a été prévu pour pleurer. Il fallait y penser. Il y a pas un constructeur qui se respecte qui aurait fait ça. »

« Moi, l'héroïne, je crache dessus. Les mômes qui se piquent deviennent tous habitués au bonheur et ça ne pardonne pas, vu que le bonheur est connu pour ses états de manque.[...] Mais je tiens pas tellement à être heureux, je préfère encore la vie. Le bonheur, c'est une belle ordure et une peau de vache et il faudrait lui apprendre à vivre. »


« Je devais avoir trois ans quand j'ai vu Madame Rosa pour la première fois. Avant, on n'a pas de mémoire et on vit dans l'ignorance. J'ai cessé d'ignorer à l'âge de trois ou quatre ans et parfois ça me manque. »

1 commentaire:

  1. J'ai lu ce roman au secondaire dans le cadre de mon cours de français et je dois avouer que si je n'aimais pas lire à l'époque, j'en ai gardé un excellent souvenir de ce dernier!

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